Flash back PMA

     Je fais ici un retour en arrière sur le parcours qui nous a amené à nous tourner vers l’adoption. Comme la majorité des personnes qui engagent cette démarche, nous ne pouvons concevoir naturellement. Chez nous le « problème » vient de moi. Voici comment nous l’avons appris.

 

     Nous nous sommes rencontrés en 1995, coup de foudre (je rentre pas dans les détails, ce n’est pas le sujet, hein !) et très vite ma brosse à dent a squatté la salle de bain de monsieur…. 6 mois plus tard, nous vivions ensemble. Et dans la logique des choses, quelques mois plus tard, nous souhaitons un bébé. Donc, entre 1995 et 96, nous nous attelons à la tâche. Sans résultat, nous allons ensemble consulter mon gynécologue, le bon Dr M., pour lui faire part de notre inquiétude, et ressortons de la consultation avec une ordonnance de spermogramme pour monsieur, et 3 mois de courbe de température pour madame.

 

     Les résultats de mon chéri sont normaux, les zozos vont biens, et mes courbes montrent parfaitement le pic ovulatoire au 13/14è jour de mes cycles de 28. Devant les résultats, le bon Dr M. nous demande de faire un test de Hühner.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas,  c’est très romantique : calin programmé au 12è jour du cycle (mais attention, pas de calin pendant les 3 jours précédents !), RDV au labo le lendemain matin, ou chez le gynéco s’il est équipé, pour prélèvement des sécrétions vaginales. Le but de ce test (aussi appelé post-coïtal) est de s’assurer qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre les sécrétions de madame et les zozos de monsieur.

Dans notre cas, rdv chez le Dr M. le lendemain. Il m’ausculte et moi je suis là à attendre de savoir si je peux me rhabiller pendant qu’il à le nez sur son microscope, quand d’un coup nous entendons : « ben v’nez voir, ils bougent bien ! ». Mon chéri qui était resté dans le bureau accourt, et moi les fesses à l’air le nez au dessus du microscope constatant la mobilité des chérubins ! Avouez que la situation est assez burlesque !

Pour finir je vous livre ici la conclusion mot pour mot du DR M. : « Faut mitrailler ma p’tite dame ! ». Là, mon chéri et moi nous regardons stupéfaits, et repartons sur ces bons conseils.

 

     Seulement les mois passent et rien ne se passe…. Alors que je rencontre mon généraliste pour une maladie hivernale, je lui fais part de notre longue attente et du fait que j’ai régulièrement très mal à la poitrine lors des menstruations. Nous revenons sur les faits ci-dessus, et il me prescrit un dosage hormonal, chose que le Dr M. n’a pas pensé à faire….

Résultat : taux de prolactine trop élevé pouvant empêcher une grossesse. C’est donc partit pour 3 mois de traitement. Comme toujours aucun résultat, le Dr F. (mon généraliste) conjugue au traitement de la progestérone afin d’améliorer les chances de nidation. Quelque temps plus tard, il décide de m’adresser à un spécialiste de l’infertilité, le Dr G. à la polyclinique de Courlancy, à Reims. Nous sommes maintenant en 1999. Cela fait 3 ans que nous nous lamentons.

 

     Nous nous rendons  pour la première fois à Reims en mai 1999.  Nous apportons les résultats du peu d’examens que nous avons réalisé auparavant. Le Dr G décide de faire une échographie lors de l’auscultation, et là, gros kyste sur l’écran. Un simple échographie, et nous avons déjà un renseignement sur ce qui ne va pas alors que cela fait 3 ans que nous essayons vainement de concevoir.

 

     Ne pouvant déterminer la nature exacte de ce kyste, ni sa cause, une hystérographie est programmée pour septembre. Le verdict tombe : Hydrosalpinx.

En octobre 1999, un mois plus tard, le Dr G. pratique une coelioscopie diagnostique : les trompes ne sont pas perméables et on ne peut envisager de les réparer. Le verdict si redouté tombe : seul les Fécondations In Vitro peuvent nous aider. Et fait rassurant, le kyste n’est pas malin.

 

     La 1ère tentative à lieu en novembre/décembre de la même année. Les injections quotidiennes sont douloureuses par leur nombre, mais je ne souffre pas trop d’effet indésirable de ces charges hormonales. Je dirai même que je supporte bien le traitement. Bien sur les allers-retours sur Reins tous les 2 jours pour les prises de sang et échographies de surveillance sont fatiguants. Je fonde beaucoup d’espoir en cette 1ère tentative, et je suis d’autant plus déçue lorsque seulement 3 ovocytes sont prélevés.  1 seul est mature, sera fécondé et transféré. Sans résultat. FIV 1 Négative.

 

     FIV 2 en mars 2000. Le Dr G a changé le protocole et nous espérons une meilleure réponse ovarienne. 9 ovocytes ponctionnés, 5 matures, 4 embryons dont 2 transférés, les 2 autres arrêtent leur développement et ne seront pas congelés. FIV 2 Négative.

 

C’est dur, mais j’y crois, nous y croyons. Deux échecs mais ce n’est pas une science exacte et nous sommes persuadés que la 3ème sera la bonne ! D’autant que le Dr G et son équipe essaie d’adapter au mieux leur protocole pour avoir la meilleure réponse possible.

 

     FIV 3 en juin 2000. 3 ovocytes recueillis, 2 matures, 2 embryons transférés. FIV 3 négatives.

 

Là c’est dur, très dur, je pleure déjà dans ma chambre après avoir appris en remontant du bloc qu’il n’y a que 3 ovocytes, seulement 3, rien que 3….. Sur les conseils du médecin, je rencontre à plusieurs reprises la psychologue du centre de FIV. Je culpabilise : les médecins font tout, ils stimulent, prélèvent, fécondent pour moi, et moi je ne suis pas capable de tenir mes bébés au chaud ! Le moral est en berne.

 

     FIV 4 en avril 2001. Il est décidé avec les médecins de faire une coculture : c'est-à-dire laisser les ovocytes fécondés se développer au laboratoire 5 jours et non 2 comme habituellement. Cela permettra de s’assurer de leur évolution, et éventuellement de réimplanter les plus beaux.

Lors de cette tentative 8 ovocytes sont prélevés, 5 sont matures, 2 seront fécondés mais arrêterons leurs développement avant les 5 jours. Pas de transfert.

 

Devant ces résultats très décevants, je fais un bilan hormonale complet en juin 2001 qui ne révèlera aucune anomalie.

Avant la prochaine tentative, le Dr G. nous demande de faire un caryotype, en avril 2002, afin de s’assurer qu’il n’y a aucune anomie chromosomique chez l’un de nous deux. Les résultats sont normaux.  Ce même mois, je subi à nouveau une coelioscopie afin de pratiquer l’ablation de la trompe droite. En effet il est possible que le liquide s’en écoulant (à cause de l’hydrosalpinx) empêche une grossesse. L’examen de la trompe ne montre aucun signe de malignité.

 

    FIV 5 en juin 2002 : 4 ovocytes, 3 matures, 3 fécondés, et à ma demande les 3 sont réimplantés. Je repousse la date butoir de la fameuse prise de sang. En général je suis réglée comme une horloge, et à chaque FIV je savais que le résultat était négatif avant même le dosage HCG. Cette fois j’attends, et la date dépassée de 3 jours me laisse enfin espoir. Je prend rendez-vous au laboratoire et vais rechercher mes résultats. La biologiste demande à me voir en privé : le 11/07/2002 le taux de Hcg est de 10, la norme pour la 1ere semaine de grossesse se situe entre 5 et 50. La biologiste m’informe que ce taux est très bas, et qu’il ne faut pas avoir de faux espoir. Elle me recommande une prise de sang 48 h plus tard.

Le 13/07/2002 le taux de Hcg est redescendu à 3. C’est fini, terminé…. Sans doute un début de grossesse physiologique comme disent les médecins. Je suis anéantie.  J’arrête. J’ai perdu espoir, le monde s’écroule sous mes pieds, jamais je ne serais maman…

 

     Il nous aura fallut plus d’un an pour nous décider à engager une demande d’agrément en vue d’adoption. Nous avions commencé à y songer après l’échec de la 3ème FIV. Le Dr. G. lui-même nous en avait parlé. Nous avions pris un premier contact avec le responsable de la DIDAMS début 2003, mais avons pris le temps de la réfléxion. Il nous fallait mûrir notre projet, et surtout accepter que nous ne serions pas parents « naturellement ». Que notre chemin vers notre enfant serait différent. Les psychologues parlent de deuil de l’enfant naturel, je pense que le terme est bien choisit. Il faut du temps pour accepter que jamais on ne sentira grandir la vie dans son ventre. Que notre enfant n’aura pas le nez de son papa et la bouche de sa maman. Il faut l’accepter, s’est un long travail sur soi.

 

Ne pas pouvoir engendrer n’est pas une tare, aussi j’ai choisi d’en parler librement, et lorsque l’on me demande pourquoi je n’ai pas d’enfant, je dis la vérité (sans rentrer dans les détails, juste : je ne peux en avoir).

 

J’ai connu la période je fond en larme dès que je croise un gros ventre ou une poussette, je ne comprend pas que des gamines à peine majeur ait des enfants, etc….

 

Nous avons confirmé notre demande d’agrément en vue d’adoption en octobre 2003, et l’avons obtenu en juillet 2004.

 

Maintenant je ne pleure plus, je sais que je serai maman autrement. La dernière fois que j’ai pleuré, c’est lorsque mon frère m’a annoncé que j’allais être tata, et c’était de joie.