Editorial fataliste de l’AFA contre sonnette d’alarme de JM Colombani : où en sommes-nous ?

Publié le par Yzabeille

     Jean-Marie Colombani signe un article inquiet sur l’évolution de la situation de l’adoption en France, plus d’un an après la remise de son rapport.


     Dans le même temps, Béatrice Biondi, nouvelle directrice de l’AFA évoque, à propos de sa nouvelle mission à la tête de l’agence, dans l’éditorial de la dernière lettre de l’AFA, la “difficile équation” posée par “l’augmentation du nombre des familles qui espèrent adopter à l’étranger, et la réduction simultanée du nombre des enfants adoptables à l’international, phénomène qui est notamment la conséquence, et l’on doit s’en féliciter, de l’adhésion de plus en plus grande des Etats aux principes posés par la Convention de la Haye sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale.”


     Or les pays qui ont signé et mis en œuvre cette convention depuis 2007 sont : les Etats-Unis, l’ex-République yougoslave de Macédoine, le Liechtenstein et les Seychelles. Les français n’adoptent pas dans ces pays… Il semble donc plus qu’hasardeux de relier les deux phénomènes.


     Madame Biondi allume-t-elle un contrefeu aux propos de J-M. Colombani ? : “nous devrions subir en France en 2009 une nouvelle baisse de l’adoption après celle très forte enregistrée en 2007 et un léger redressement en 2008.”
Prudemment, J-M. Colombani n’invoque pas une quelconque diminution du nombre d’enfants adoptables à l’international dans les pays d’origine. Faut-il rappeler que :
1) nous serions les premiers à nous en réjouir
2) nul ne dispose à ce jour de données permettant d’affirmer une diminution du nombre d’enfants adoptables. L’organisme de la
Convention de La Haye envisage à peine de mettre au point quelques outils de comptage. Surtout, ne jetons pas la pierre aux pays d’origine ! Il est particulièrement ardu de se procurer ces mêmes informations pour la France (l’enquête de l’ONED concernant les pupilles de l’Etat ne recense ceux-ci que depuis 2005…)


     C’est pourtant un constat que B. Biondi qualifie “d’objectif”…


     Jean-Marie Colombani, pour sa part, exprime ses craintes quant à la pérennisation de l’impulsion donnée par le gouvernement, à l’adoption internationale (à la suite du rapport qui avait été remis par son équipe en 2008), en raison notamment de la disparition du secrétariat d’Etat aux droits de l’homme. Il réaffirme la nécessité “de privilégier l’aide que la France peut apporter pour mettre sur pieds, dans les pays concernés, de véritables politiques de protection de l’enfance et plus précisément de politique de protection des orphelins“.


     Et Jean-Marie Colombani de conclure en demandant la création d’un dispositif public dédié à l’adoption, à l’image de… “celui par exemple qui a été mis en place autour de Martin Hirsch sur les sujets de la pauvreté et de la jeunesse, à savoir une mission dégagée des contraintes et des lourdeurs de l’action habituelle des pouvoirs publics.


     Faute de quoi, on risque de constater, deux ans après la commande d’un rapport sur le sujet, que la situation s’est de nouveau dégradée
.”


     Constat alarmant, s’il en est…


     L’adoption dépendant de cinq ministères, un tel organe pourrait en effet simplifier sa gestion d’autant que la dernière réforme a déjà doté l’adoption du Secrétariat à l’adoption internationale (SAI) et de l’ambassadeur pour l’adoption internationale qui a pris le sujet à bras le corps.


     Les dernières dispositions juridiques ont, début 2008, redéfini le rôle et les compétences des différents opérateurs mais les textes concernant l’AFA n’ont toujours pas été présentés au Parlement. Ils devraient élargir les compétences de l’Agence et lui permettre, enfin, de répondre aux demandes d’aide humanitaire des pays d’origine. Le projet de loi devrait être débattu “à l’automne”…


     Mais bon nombre de questions restent en suspens, de nombreux blocages subsistent, l’accompagnement des adoptants reste toujours aussi défaillant, et 22 des 32 propositions du rapport Colombani sont restées lettre morte, aucune de celles qui ont fait l’objet de l’attention du gouvernement ne concerne l’aide aux adoptants…


     Les attributions du secrétariat d’état aux droits de l’homme en matière d’adoption (la principale innovation en ayant été le réseau des volontaires pour l’adoption) vont-elles être reprises ? La pression qui pouvait être ainsi exercée sur le ministère des affaires étrangères et sur les postes diplomatiques, la visibilité dont pouvait disposer Rama Yade dans ses déplacements à l’étranger, seront-elles aussi bien assurées si ces fonctions sont noyées parmi toutes celles du ministre des affaires étrangères ? Quid du réseau des volontaires pour lequel huit personnes effectuent à l’heure actuelle des missions dans les pays d’origine ? Ce réseau, fonctionnant essentiellement sur des fonds privés et qui prend appui sur une association (les Volontaires du Progrès), va-t-il désormais fonctionner sans pilotage ni relais des services de l’Etat ?


     La volonté du gouvernement  d’améliorer l’adoption a été plusieurs fois affichée, des mesures ont été proposées, quelques unes mises en oeuvre,  mais pour ce qui est d’un effet concret sur l’ensemble du dispositif… tout le monde attend encore !

Source :
http://coeuradoption.org/, article publié le 15/07/09

Publicité

Publié dans Adoption

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Z
L’adoption n’est pas un acte de charité. Il faut distinguer « vouloir aider » et « vouloir devenir parent d’un enfant qui n’en a pas ». Voici un billet lucide de Clairon
Répondre
Y
<br /> Billet que je viens de lire avec attention et avec lequel je suis totalement d'accord ! Mon désir d'enfant est totalement égoiste, c'est nous qui souhaitons un enfant, l'enfant lui ne nous désire<br /> pas ! c'est la même chose pour les enfants naturels. Et c'est bien là ce que j'entend par ne pas confondre acte humanitaire et adoption, ce sont bien deux choses distinctes. Cependant l'un<br /> n'empêche par l'autre.<br /> <br /> <br />
Z
 D’autres moyens de soutenir l’enfance en détresse ?<br /> - Intervida <br /> - Partage <br /> - Aide enfance tibétaine <br /> - Vision du monde Vision du monde <br /> - Enfants de la rue <br /> - AVEC <br /> - FACE <br /> - Famille Sans Frontières <br /> - World Vision <br /> - L'AMIE <br /> - Mosaïque <br /> - ASED <br /> - Un regard un enfant <br /> - SOS Enfants en détresse<br />
Répondre
Y
<br /> Beaucoup d'OAA ont également une association d'aide aux enfants, par lesquels les dons et parrainages sont possibles. Je ne les citerai pas car la liste est longue, mais bien souvent les parents<br /> adoptants soutiennent celles qui dépendent de l'OAA par lequel ils sont devenus parents.<br /> <br /> <br />
Z
Le blog "Coeur Adoption" serait-il à ce point aveugle ?- Les adoptions internationales sont en déclin. - Les statistiques de l'adoption internationale montrent une situation particulièrement tendue, les candidats adoptants étant toujours plus nombreux dans la plupart des pays d’accueil. ... ... Si des mesures ne sont pas prises rapidement, cette situation risque de devenir encore plus tendue ces prochaines années, le nombre d’adoptions internationales tendant à diminuer.... ... Une fois de plus, il apparaît donc essentiel que les pays d’accueil consacrent plus d’efforts à sensibiliser leur population à cette réalité, en soulignant le sens réel de l’adoption internationale telle que consacrée par les textes internationaux. Il est urgent que les pays d’accueil prennent des mesures pour gérer le flux de leurs candidats adoptants. ... ...Au vu de ces éléments, une sélection plus fine des candidats adoptants est vraisemblablement inévitable. Une telle mesure est, certes, difficile à prendre pour les pays d’accueil soumis à d’importantes pressions politiques et populaires, mais les chiffres montrent qu’elle devient toujours plus nécessaire pour garantir l’intérêt supérieur de l’enfant. ... ...L’adoption internationale ne trouvera son équilibre que si chaque acteur fait sa part du chemin. Nous sommes conscients qu’initier de telles démarches demande un réel courage politique, ainsi qu’un véritable effort didactique de la part de chaque intervenant. Si les professionnels de l’adoption sont souvent conscients de ce phénomène, il devient de plus en plus urgent d’en informer le public et de lui proposer d’autres moyens de soutenir l’enfance en détresse.
Répondre
Y
<br /> Je ne pense pas que « cœur adoption » soit aveugle, il n’aborde là qu’une partie du sujet. Hors ce sujet doit être a mon avis traité dans son ensemble. Les adoptions sont en déclins, certe, autant<br /> à l’internationale qu’au niveau nationale. Cela est pour ma part une bonne chose. Les pays d’origine mettent en place des autorités compétentes en matière de protection de l’enfance et d’adoption,<br /> dans le cadre de la Convention de la Haye ou pas. Nous ne pouvons que nous en réjouir. En France la situation des enfants délaissés n’est pas forcément plus enviable. Peu sont adoptables, beaucoup<br /> grandissent loin d’un foyer aimant. Le nombre de candidats à l’adoption est au hausse c’est vrai. Je pense qu’il faudrait déjà commencer par uniformiser les procédures des CG, et pas seulement sur<br /> le papier. Certains sont trop laxistes, d’autres trop durs, certains accomplissent la procédure en 5 mois, d’autres en 18 mois. Certains envoient les rapports avant commission d’autres non,<br /> certains acceptent les célibataires, d’autres non, la liste est longue….. pas besoin d’un nouveau projet de loi pour cela, puisqu’elle existe déjà. Il est vrai également que candidats à l’adoption<br /> devraient être mieux informés des réalités de l’adoption internationale. Beaucoup baissent les bras après avoir obtenu l’agrément. Chaque acteur doit faire sa part du chemin, mais pourquoi ne pas<br /> envisager la création d’un seul organe ? D’autres moyens de soutenir l’enfance en détresse ? Oui il le faut absolument, les enfants sont notre avenir, et il n’est pas concevable qu’à notre époque<br /> des enfants vivent, ou survivent, dans des conditions des plus précaires. Mais l’adoption n’est pas un acte de charité. Il faut distinguer « vouloir aider » et « vouloir devenir parent d’un enfant<br /> qui n’en a pas ». Ce sont deux choses bien différentes. Voilà un débat passionnant.<br /> <br /> <br />